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Recherche scientifique··7 min

Open science : la connaissance comme commun, ou comme produit

Pourquoi un article scientifique financé par les impôts coûte 40 € à lire. L'économie absurde de l'édition académique et l'émergence d'un modèle alternatif.

Open science : la connaissance comme commun, ou comme produit

Un chercheur français touche un salaire public. Il fait sa recherche dans un laboratoire public. Il publie un article dans une revue dont les éditeurs et reviewers travaillent gratuitement. Pourtant, pour lire cet article depuis l'étranger, vous devrez payer 40 € à un éditeur privé. Ce système n'est pas un dysfonctionnement — c'est le modèle d'affaires dominant de l'édition scientifique mondiale.

L'héritage d'un modèle obsolète

Le système actuel s'est construit au XXe siècle, à une époque où imprimer et distribuer une revue coûtait cher. Les éditeurs commerciaux assuraient une fonction réelle : sélection, mise en forme, distribution physique. En contrepartie, ils récupéraient les droits d'exploitation. Ce modèle avait une logique tant que la diffusion physique avait un coût structurant.

Avec internet, ce coût s'est effondré. Mais le modèle d'affaires, lui, est resté. Pire : il s'est concentré. Cinq grands éditeurs (Elsevier, Springer-Nature, Wiley, Taylor & Francis, SAGE) contrôlent plus de la moitié des publications scientifiques mondiales. Leurs marges opérationnelles atteignent régulièrement 35 à 40 % — supérieures à celles d'Apple ou de Google.

Le coût caché pour la société

Le paradoxe est saisissant. Les bibliothèques universitaires consacrent une part croissante de leur budget aux abonnements aux grandes revues, à des prix qui augmentent plus vite que l'inflation. Les universités payent donc trois fois : pour produire la recherche, pour la publier (frais de publication souvent supérieurs à 3 000 € par article), et pour la lire.

De l'autre côté, les chercheurs des pays à faibles revenus, les enseignants du secondaire, les journalistes scientifiques, les citoyens curieux n'ont pas accès à la connaissance qu'ils ont financée par leurs impôts. La barrière de prix exclut la majorité de l'humanité de la recherche contemporaine.

L'émergence des alternatives

Le mouvement Open Access date des années 1990, mais il a explosé dans les dix dernières années. Plusieurs modèles coexistent. Le Green Open Access permet aux auteurs de déposer une version de leur article sur un dépôt institutionnel ouvert (HAL en France, arXiv en physique-mathématique, bioRxiv en biologie). Le Gold Open Access publie l'article directement en accès libre, mais transfère le coût aux auteurs ou à leurs institutions.

Les initiatives Diamond Open Access — gratuites pour l'auteur et le lecteur, financées par des consortiums publics — sont la voie la plus prometteuse mais aussi la plus difficile à passer à l'échelle. SciELO en Amérique latine, OpenEdition en sciences humaines françaises, en sont des exemples qui fonctionnent depuis des décennies.

Le tournant en cours

Les gouvernements commencent à exiger l'accès ouvert obligatoire pour les recherches financées sur fonds publics. La Plan S européen, la politique Open de la Maison Blanche, les décrets français de 2021, vont tous dans ce sens. Les éditeurs commerciaux résistent mais s'adaptent — souvent en transformant l'abonnement en frais de publication tout en conservant leurs marges.

La bataille de fond n'est pas technique, elle est politique : faut-il considérer la connaissance scientifique comme un commun, à accès universel, ou comme un produit dont la diffusion est encadrée par des intérêts privés ? La réponse à cette question structurera la science du XXIe siècle.

Auteur

Marcus Détrez

Fondateur d’IMAT137 et de LSI. Consultant en stratégie technologique et formation.

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